C’est lors d’un long entretien captivant, entrecoupés de rires, de plaisanteries et de multiples tentatives de préparation de café, que nous découvrons Monette Hernandez, une grande dame, ouverte de cœur et d’esprit, outrée par les préjugés. La discussion nous emporte dans un voyage à travers le temps et l’espace, à l’image de la vie aventureuse de Monette, qui nous avoue avoir été très marginale dans sa jeunesse, avec ses longues robes et des idées avant-gardistes.

Au milieu de petits objets de décoration collectés au cours de ses voyages, elle nous raconte l’histoire de son arrivée tumultueuse depuis l’Espagne en France, puis à la Duchère, il y a cinquante et un ans de cela. Elle a eu la chance de contempler de près la naissance du quartier, ses évolutions et le changement de sa réputation. Monette nous parle alors de la place centrale de la Foucade, un café-restaurant alternatif, du Cinéma Ariel… La Foucade était un lieu fédérateur, de partage, qui animait des évènements festifs, des repas, des projections de films… Mais on y discutait aussi des problèmes du quartier, de possibles solutions… A cette époque La Duchère accueillait les rapatriés de la guerre d’Algérie, les premières vagues d’immigrés depuis le Maghreb, puis d’autres, transformant les sous quartiers en de véritables villages par pays. Monette parle avec nostalgie de ce temps de partage et d’entraide entre habitants, du temps où les allées étaient collectives… « Nous avons raté quelque chose » nous dit alors une Monette navrée se rappelant de la montée du sentiment d’insécurité et de violence par la suite dans le quartier, même si on assiste à une reprise depuis une dizaine d’années.

Nous terminons cette conversation qui s’apparente par moment à un film en noir et blanc, avec l’impression, peut-être idéalisée, que malgré les moments difficiles, la Duchère reste un lieu dynamique où se nouent de fortes amitiés.

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