Archive for the ‘La vie du collectage’ Category

Nous sommes accueillies chaleureusement, avec jus d’orange et café, par Jean, rencontré lors de la fête de Hanoukka le 9 décembre. Sa tête effleurant presque le plafond bas de son bureau à Jean Macé, Jean nous avoue avoir brûlé le câble d’alimentation du chauffage le matin même. Nous commençons alors à parler de culture et d’histoire au milieu de cette petite boîte froide.

Jean est un ancien Duchérois, de confession juive, un homme cultivé et conscient de l’importance de la culture, un grand voyageur, qui s’intéresse énormément à l’histoire, et en particulier à l’histoire lyonnaise et à celle des juifs… Un vrai méditerranéen qui parle d’une voix assurée… Jean nous raconte alors qu’il est en train d’écrire un livre sur l’arrivée des juifs d’Algérie à la Duchère en 1962, transformant le quartier en l’un des lieux d’accueil des Séfarades (juifs originaires du pourtour du bassin méditerranéen) les plus importants en France durant ces premières vagues d’immigration.

Son attachement à la tradition juive et à sa transmission est touchant et inscrit l’entretien dans une certaine intimité. En effet, en deuil jusqu’au mois prochain, Jean nous apprend que selon la liturgie juive, celui qui est en deuil doit s’abstenir de grandes manifestations de joie, d’écouter de la musique, de chanter… Mais nous terminons sur une note plus joyeuse : il nous promet de nous chanter des chants juifs une prochaine fois. Nous resterons ainsi en contact car nous avons bien senti que Jean a sûrement beaucoup plus à partager…

Des élèves de primaires accrochent leur manteau dans les couloirs lumineux de l’Ecole de Bleuets avant d’entrer en classe. Nous y sommes en effet pour mener deux ateliers avec deux classes de CM2, avec l’aide de Christophe Laÿs (intervenant CNR).

La première classe – et ses deux pairs de jumeaux, dialogue avec nous autour des chansons collectées ou des montages que nous leur faisons écouter. Les enfants entrent vite dans le jeu de la devinette sur les occasions de la collecte, des origines des chanteurs, des langues des chansons, qui parfois s’apparentent à la leur. Ils nous chantent alors des chansons entendues de leurs parents ou d’autres membres de leur famille… Dans la deuxième classe, le lecteur CD reste au fond du placard. Les enfants se mettent vite à chantonner, seul, à deux… se faisant écho les uns aux autres. La darbouka de Christophe passe de mains en mains, les rythmes se remémorent.

En parallèle à cette excitation générale, nous voyons émerger la question de la honte… Est-ce le trac de chanter devant les autres ou la honte de chanter une chanson de leur pays d’origine ? Mais cela ne tâche pas l’ambiance joviale, et légèrement free-style par moment, qui fait sortir les élèves du quotidien de la classe et nous fait entrer dans leur univers.

Retrouvez l’actualité des activités pédagogiques du CMTRA sur : www.musiquesdemonquartier.org

Ce dimanche est célébrée la fête de Hanouka¹ à la synagogue. Cette dernière invite les membres du groupe Abraham (groupe de paroles et d’échanges inter-religieux de la Duchère) à se joindre à eux pour cette fête. Je profite de l’occasion pour les rejoindre.

Nous entrons dans la synagogue décorée pour l’occasion : de nombreuses tables sont installées dans la salle, des lumières bleues illuminent la pièce sur fond de musique disco. Un DJ anime la journée. La musique est forte, l’ambiance est bonne. L’après-midi commence par les discours des représentants, en même temps que des petits beignets défilent sur les tables. S’en suit un défilé des enfants avec leurs hanoukkia (chandelier décoré). Le plus beau recevra une récompense… Le groupe Abraham avait proposé un groupe de musique klezmer pour l’occasion. Mais malheureusement je crois que ce n’est pas vraiment la musique klezmer qu’écoutent les personnes présentes. La plupart sont plutôt originaires d’Algérie et ont plutôt été marqués dans leur enfance par la voix de Lili Boniche que le violon de Abe Schwartz.

Je rencontre Jean, un membre de la synagogue. Il me donne son numéro et nous prévoyons de nous revoir pour qu’il me chante quelques chansons juives.

¹ Cette fête commémore la victoire des Juifs contre les Syriens et leur roi Antochius qui avaient profané le temple de Jérusalem et voulaient imposer au peuple juif l’adoration de divinités grecques au IIe siècle avant JC.

Après une première rencontre la semaine passée (lors de laquelle nous avons joué à « Bonjour Robert! », un sacré jeu de société), je retourne au LAP (Lieu Accueil Parents) des Bleuets ce vendredi matin. 5/6 mamans sont là ce matin, elles discutent, tout en confectionnant des petits lampions en aluminium. D’habitude elles sont plus nombreuses, le froid en a surement retenu certaines. Mais nul besoin d’attendre bien longtemps,elles m’attendaient, certaines s’étaient même bien préparé à chanter.

Sabah me chante une petite chanson algérienne. Josiane, originaire de côté d’Ivoire, avait préparé 3 chansons en différents dialectes. Elle me les chante avec plaisir et attention. Quelques autres chansons s’en suivent. Josiane me raconte les rites de passage à la puberté pour une jeune fille en Côte d’Ivoire. Sabah me parle du rai dans les mariages algériens.

Un joli moment d’échange et de souvenirs…

 

Sur le marché de la place Abbé Pierre

Je vais faire un petit tour sur le marché, enregistreur en main histoire de prendre quelques sons d’ambiance et de me laisser porter par les rencontres, les sons, les saveurs… un marchand me alpague, nous discutons et il m’entonne un petit air kabyle, que tous les vendeurs des étales alentours encouragent gaiement en frappant des mains… la fleuriste d’en face, Françoise, s’y met de plus belle, je m’approche, elle chantonne quelques phrases sur ses jolies fleurs. Puis son voisin (vendeur d’olives je crois) vient vers moi, nous discutons, il encourage son fils, Guillan, qui me chante Toreador.

Je m’éloigne doucement du marché et je croise deux hommes qui m’interpellent. Nous discutons un peu de tout, notamment du quartier, de leur regard, etc. Ils me parlent à cœur ouvert… de leur lassitude, avant c’était mieux, le raz le bol du bruit et des travaux…

Aujourd’hui Suzana se marie !

Je ne peux aller à la mairie, mais compte bien les rejoindre le soir au foyer protestant de la Duchère. Je retrouve le quartier de la Duchère. Les rues désertes de l’hiver sont désormais bien plus gaies, des mamans sont assises sur les bancs à discuter, tout en berçant leurs gones endormis dans leur poussette… A mon arrivée, je suis accueillie chaleureusement par les personnes présentes : les mariés, les musiciens albanais, les personnes du comité de soutien RESF, des habitants du quartier, des amis kosovars, un couple d’anglais habitant au Kosovo (elle a écrit un livre sur les abeilles au Kosovo et lui a participé à des collectes de chants traditionnels au Kosovo !)… une bonne quarantaine de personnes ! Les musiciens se préparent. Imer a récupéré un saz d’un ami revenu du Kosovo, il est tout fier de me le montrer. Ce soir, c’est lui qui gère la danse et court en tout sens. Du côté de la cuisine, les mamans de la Duchère s’activent, ce sont elles qui régalent. Et quoi de mieux pour orner un mariage franco-kosovar qu’un bon couscous !! La rencontre des cultures sera aussi culinaire ce soir.

Pause coccinelle et contes du monde

Ce mois-ci est dédié à la parentalité. Une série d’activités se déroule dans le cadre de ce moment intitulé « Les parents ont du talent ». Au programme à la Duchère cet après-midi : « échange de comptines du monde ». Une consigne simple à la crèche du Centre Social du Plateau, les parents amènent des contes et comptines du monde entier qu’ils chantent aux enfants présents…

Je n’ai enregistré que des Pirouette Cacahouète et des Poules sur les murs… mais deux mamans algérienne et tunisienne me donnent RDV un autre lundi, elles ont besoin de temps pour retrouver des chansonnettes enfantines. Ceci dit plusieurs initiatives vont recouper nos préoccupations, un projet autour des danses du monde (Laos, Tunisie) au  Lieu d’Accueil Parents de l’école des Anémones. Je dois aussi retrouver une conteuse chinoise qui intervient lors des séances pour enfants « Bébé bouquine » à la Bibliothèque… et mon petit doigt m’a dit qu’un employé de cette même bibliothèque pratiquait un violon tout libanais… à suivre.

Répétition de la Chorale Espérance

Bon, je retourne voir la chorale presbytérienne camerounaise qui répète parfois au Foyer Protestant, surtout quand il faut préparer une intervention. J’espère faire une captation écoutable cette fois-ci. Cette semaine il faut travailler dur en vue d’un baptême à Saint-Étienne dimanche. La soirée sera donc composée de chants sacrés, en français et camerounais. Les filles sont très motivées, Carine vit pleinement les imprécations divines qu’elle lance au créateur en levant les yeux vers le ciel.

Le niveau sonore est encore très élevé, il nous plonge dans une bulle de rythmes à laquelle il est impossible d’échapper… en tous cas si le principal interlocuteur des chanteurs n’entend pas le message c’est qu’il le fait exprès !

Premier temps musical ARFI- Habitants Duchérois

Enfin nous avons la possibilité de réunir plusieurs musiciens de l’ARFI, dont les musiciens de la fanfare et plusieurs habitants qui défilent au long de l’après-midi dans une salle de la tour panoramique…
La théorie de la boule de neige musicale se confirme encore :
Les cuivres entonnent l’Hymne à la Duchère en se basant sur l’enregistrement de Bernard, Imer arrive et interprète plusieurs morceaux repiqués par l’ARFI avec les cuivres de la fanfare… Effet garanti !

Les musiciens de l’Association Culturelle Comorienne passent la porte du local pour faire écouter quelques morceaux, s’en suit un mélange fameux entre musique arfienne, comorienne et instruments albanais.
C’est alors que quelques chanteurs et musiciens de la chorale presbytérienne camerounaise interviennent… et ce qui devait arriver, arriva… un « bœuf » arficano-camerouno-albano-comorien…

Comme dirait Rick Blaine en dernière réplique du film Casablanca : «  I think this is the beginning of a beautiful friendship. »

RDV avec Falida et Zahia

Falida me réserve une bonne surprise, elle a convié Zahia une amie kabyle, pour notre entrevue. Falida est arrivée du Chili dans les années noires, les chansons sont très loin derrière elle, les souvenirs ne sont pas nombreux et confus. Zahia par contre a un répertoire immense, du chant de cueillette des olives aux chants de fêtes kabyles en passant par les rixes belle-mère/belle fille… Malheureusement sa voix est un peu fatiguée pour l’instant. Ces deux copines me racontent cependant avec force,  rires et photos leur parcours et surtout le voyage de Falida en Kabylie dans la famille de Zahia…