Archive for the ‘La vie du collectage’ Category

Dans le cadre des IMI (Interventions Musicales Impromptues) de mai, le CMTRA fait le relais entre les musiciens du collectif ARFI et les habitants du quartier rencontrés et collectés.

IMI-Mai2013 067Ces moments de rencontre autour de la musique sont l’occasion pour les musiciens de connaître les habitants de plus près, de discuter de traditions musicales de leur pays d’origine, mais aussi, d’esquisser les premières pistes de projets musicaux communs.

La première personne rencontrée est Christophe Dao, un ancien joueur de mandoline dans un groupe de musique traditionnelle cambodgienne. Christophe, rejoint par sa femme Pech, ouvre chaleureusement les portes de sa maison aux musiciens… Les vidéos de mariages traditionnels du Cambodge en musique de fond, Christophe et Pech racontent avec humour les différents genres de chansons traditionnelles, les gestes codés et délicats de danses, les coutumes de mariages, et en parallèle, la vie en France, la nourriture, la ponctualité des gens… Christophe joue quelques morceaux à la mandoline, très motivé, ainsi que Pech, à rencontrer les musiciens une deuxième fois pour discuter plus amplement de faire de la musique ensemble.

IMI-Mai2013 110Ensuite c’est au tour des musiciens de l’ARFI d’accueillir les habitants dans leur salle de répétition dans la Tour Panoramique. Bernard Marguin, un homme très vivant et amateur d’anciennes chansons lyonnaises et duchéroises, Yakup Kizilkaya, connaisseur de chants populaires turcs, et Jean Atlan, avec ses chants juifs en hébreux, sont invités à partager leur répertoire. Les musiciens les accompagnent par moments spontanément en improvisant à la trompette ou à la clarinette. Lessonorités anciennes des chansons traditionnelles et celles un peu plus jazzy des musiciens se mélangent, se transforment, se cherchent et se complètent, mais surtout, donnent envie d’en écouter plus…

Les musiciens de l’ARFI profitent des IMI (Interventions Musicales Impromptues) de mai pour s’infiltrer en cachette dans la Bibliothèque Municipale de la Place Abbé Pierre…

Des sons surprenant de la trompette contre les vitres des étagères, des bruits de vents d’instruments bricolés, des livres transformés en surface pour percussion remplissent la bibliothèque sous les regards étonnés des lecteurs et amusés des bibliothécaires  pendant une petite demie heure d’improvisation expérimentale…

Un sourire malicieux au coin des lèvres des musiciens, l’idée de surprise et de recherche  de nouvelles formes d’interaction avec les habitants de la Duchère prend tout son sens ce jour là à la Bibliothèque. Cela créé une coupure inattendue dans le quotidien calme des livres, où domine seul le bruit des pages feuilletées.

Suite à l’intervention des musiciens, le CMTRA organise un temps d’échange dans la salle d’animation de la Bibliothèque autour du site La.BA.la.BEL, pour mettre des sons collectés en écoute, parler de la résidence artistique… Mais le beau temps n’aide pas à garder les personnes trop longtemps dans la salle, et l’intervention prend fin rapidement. Mais cela n’empêche surtout pas de réfléchir à mettre en place des ateliers de collectage pour plus tard, à la recherche des sons singuliers de cet univers silencieux.

 

Le hall d’entrée du Ciné Duchère est aménagé ce mercredi 13 mars en salle de spectacle à l’occasion du 15ème Printemps des Poètes. L’exposition de calligraphies arabes contemporaines, aux figures arabesques et orientales de Salima Lekoura encadre ce spectacle et nous fait voyager en dehors de cet espace-temps.

Organisée par l’association Les ArTpenteurs, c’est une soirée qui célèbre autant les mots et les images que les résonances entre les langues. A la suite de l’écoute de poèmes « Du Chili au monde arabe », se déroule une scène ouverte en différentes langues avec les habitants de la Duchère. Marguerite Degbevi, rencontrée dans le cadre du collectage la.BA.la.Bel, monte alors sur scène avec sa berceuse « Djé djé Vinié », « Mon enfant » en langue mina, et une chanson religieuse en langue fond. Dernière participante de la scène ouverte, elle la conclut ainsi avec sa jeune et joyeuse voix, avant de passer au dernier volet de la nuit autour de grands auteurs arabes classiques et contemporains.

Cette soirée de voyage dans les langues et les mots sera suivie par d’autres… prochain rendez-vous le 4 avril !DSC01952

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La deuxième séance d’atelier avec les deux classes de CM2 de l’Ecole des Bleuets se déroule aujourd’hui dans la salle de musique. Mais nous sommes au regret de vous annoncer que nous n’avons pu enregistrer les séances, en raisons de problèmes techniques… résolus ultérieurement !

Comme décidé à la fin de la première séance, nous demandons aux élèves de s’asseoir en cercle. La première classe n’a pas ramené des chansons de chez eux… Des questions de honte et de timidité émergent  à nouveau. Mais cela n’empêche pas certains de vouloir chanter tout de même ! Nous proposons de détourner nos têtes ou de fermer les yeux quand certains veulent chanter. Comme dans un petit jeu de cache-cache, on doit aller chercher les chansons. Les filles nous chantent de nouveau « Dana dana dayni », puis c’est le tour de trois garçons qui nous jouent de la derbouka… Leur timidité se dissipe petit à petit alors que nous terminons la séance avec l’écoute des montages et des enregistrements que nous avions préparé.

La deuxième classe, comme la dernière fois, est plus verbale. Une petite d’origine indienne a ramené quelque chose pour nous : elle nous chante une berceuse indienne qu’elle a demandé à sa mère de lui apprendre. Elle nous promet de nous la rechanter la prochaine fois quand nous aurons réglé nos problèmes d’enregistreur. Nous passons alors à l’écoute de musique. Les élèves commencent à chuchoter dès qu’ils ont repéré un élément, un mot, un rythme, un son… des doigts se lèvent, impatients de donner la bonne réponse, beaucoup aiment le jeu de la devinette de chansons…

A retenir pour la prochaine séance : ramener une gamme encore plus variée de musique, faire participer tout le monde… et l’enregistreur. Ca peut être utile !

C’est lors d’un long entretien captivant, entrecoupés de rires, de plaisanteries et de multiples tentatives de préparation de café, que nous découvrons Monette Hernandez, une grande dame, ouverte de cœur et d’esprit, outrée par les préjugés. La discussion nous emporte dans un voyage à travers le temps et l’espace, à l’image de la vie aventureuse de Monette, qui nous avoue avoir été très marginale dans sa jeunesse, avec ses longues robes et des idées avant-gardistes.

Au milieu de petits objets de décoration collectés au cours de ses voyages, elle nous raconte l’histoire de son arrivée tumultueuse depuis l’Espagne en France, puis à la Duchère, il y a cinquante et un ans de cela. Elle a eu la chance de contempler de près la naissance du quartier, ses évolutions et le changement de sa réputation. Monette nous parle alors de la place centrale de la Foucade, un café-restaurant alternatif, du Cinéma Ariel… La Foucade était un lieu fédérateur, de partage, qui animait des évènements festifs, des repas, des projections de films… Mais on y discutait aussi des problèmes du quartier, de possibles solutions… A cette époque La Duchère accueillait les rapatriés de la guerre d’Algérie, les premières vagues d’immigrés depuis le Maghreb, puis d’autres, transformant les sous quartiers en de véritables villages par pays. Monette parle avec nostalgie de ce temps de partage et d’entraide entre habitants, du temps où les allées étaient collectives… « Nous avons raté quelque chose » nous dit alors une Monette navrée se rappelant de la montée du sentiment d’insécurité et de violence par la suite dans le quartier, même si on assiste à une reprise depuis une dizaine d’années.

Nous terminons cette conversation qui s’apparente par moment à un film en noir et blanc, avec l’impression, peut-être idéalisée, que malgré les moments difficiles, la Duchère reste un lieu dynamique où se nouent de fortes amitiés.

Nous sommes accueillies chaleureusement, avec jus d’orange et café, par Jean, rencontré lors de la fête de Hanoukka le 9 décembre. Sa tête effleurant presque le plafond bas de son bureau à Jean Macé, Jean nous avoue avoir brûlé le câble d’alimentation du chauffage le matin même. Nous commençons alors à parler de culture et d’histoire au milieu de cette petite boîte froide.

Jean est un ancien Duchérois, de confession juive, un homme cultivé et conscient de l’importance de la culture, un grand voyageur, qui s’intéresse énormément à l’histoire, et en particulier à l’histoire lyonnaise et à celle des juifs… Un vrai méditerranéen qui parle d’une voix assurée… Jean nous raconte alors qu’il est en train d’écrire un livre sur l’arrivée des juifs d’Algérie à la Duchère en 1962, transformant le quartier en l’un des lieux d’accueil des Séfarades (juifs originaires du pourtour du bassin méditerranéen) les plus importants en France durant ces premières vagues d’immigration.

Son attachement à la tradition juive et à sa transmission est touchant et inscrit l’entretien dans une certaine intimité. En effet, en deuil jusqu’au mois prochain, Jean nous apprend que selon la liturgie juive, celui qui est en deuil doit s’abstenir de grandes manifestations de joie, d’écouter de la musique, de chanter… Mais nous terminons sur une note plus joyeuse : il nous promet de nous chanter des chants juifs une prochaine fois. Nous resterons ainsi en contact car nous avons bien senti que Jean a sûrement beaucoup plus à partager…

Des élèves de primaires accrochent leur manteau dans les couloirs lumineux de l’Ecole de Bleuets avant d’entrer en classe. Nous y sommes en effet pour mener deux ateliers avec deux classes de CM2, avec l’aide de Christophe Laÿs (intervenant CNR).

La première classe – et ses deux pairs de jumeaux, dialogue avec nous autour des chansons collectées ou des montages que nous leur faisons écouter. Les enfants entrent vite dans le jeu de la devinette sur les occasions de la collecte, des origines des chanteurs, des langues des chansons, qui parfois s’apparentent à la leur. Ils nous chantent alors des chansons entendues de leurs parents ou d’autres membres de leur famille… Dans la deuxième classe, le lecteur CD reste au fond du placard. Les enfants se mettent vite à chantonner, seul, à deux… se faisant écho les uns aux autres. La darbouka de Christophe passe de mains en mains, les rythmes se remémorent.

En parallèle à cette excitation générale, nous voyons émerger la question de la honte… Est-ce le trac de chanter devant les autres ou la honte de chanter une chanson de leur pays d’origine ? Mais cela ne tâche pas l’ambiance joviale, et légèrement free-style par moment, qui fait sortir les élèves du quotidien de la classe et nous fait entrer dans leur univers.

Ce dimanche est célébrée la fête de Hanouka¹ à la synagogue. Cette dernière invite les membres du groupe Abraham (groupe de paroles et d’échanges inter-religieux de la Duchère) à se joindre à eux pour cette fête. Je profite de l’occasion pour les rejoindre.

Nous entrons dans la synagogue décorée pour l’occasion : de nombreuses tables sont installées dans la salle, des lumières bleues illuminent la pièce sur fond de musique disco. Un DJ anime la journée. La musique est forte, l’ambiance est bonne. L’après-midi commence par les discours des représentants, en même temps que des petits beignets défilent sur les tables. S’en suit un défilé des enfants avec leurs hanoukkia (chandelier décoré). Le plus beau recevra une récompense… Le groupe Abraham avait proposé un groupe de musique klezmer pour l’occasion. Mais malheureusement je crois que ce n’est pas vraiment la musique klezmer qu’écoutent les personnes présentes. La plupart sont plutôt originaires d’Algérie et ont plutôt été marqués dans leur enfance par la voix de Lili Boniche que le violon de Abe Schwartz.

Je rencontre Jean, un membre de la synagogue. Il me donne son numéro et nous prévoyons de nous revoir pour qu’il me chante quelques chansons juives.

¹ Cette fête commémore la victoire des Juifs contre les Syriens et leur roi Antochius qui avaient profané le temple de Jérusalem et voulaient imposer au peuple juif l’adoration de divinités grecques au IIe siècle avant JC.

Après une première rencontre la semaine passée (lors de laquelle nous avons joué à « Bonjour Robert! », un sacré jeu de société), je retourne au LAP (Lieu Accueil Parents) des Bleuets ce vendredi matin. 5/6 mamans sont là ce matin, elles discutent, tout en confectionnant des petits lampions en aluminium. D’habitude elles sont plus nombreuses, le froid en a surement retenu certaines. Mais nul besoin d’attendre bien longtemps,elles m’attendaient, certaines s’étaient même bien préparé à chanter.

Sabah me chante une petite chanson algérienne. Josiane, originaire de côté d’Ivoire, avait préparé 3 chansons en différents dialectes. Elle me les chante avec plaisir et attention. Quelques autres chansons s’en suivent. Josiane me raconte les rites de passage à la puberté pour une jeune fille en Côte d’Ivoire. Sabah me parle du rai dans les mariages algériens.

Un joli moment d’échange et de souvenirs…

 

Sur le marché de la place Abbé Pierre

Je vais faire un petit tour sur le marché, enregistreur en main histoire de prendre quelques sons d’ambiance et de me laisser porter par les rencontres, les sons, les saveurs… un marchand me alpague, nous discutons et il m’entonne un petit air kabyle, que tous les vendeurs des étales alentours encouragent gaiement en frappant des mains… la fleuriste d’en face, Françoise, s’y met de plus belle, je m’approche, elle chantonne quelques phrases sur ses jolies fleurs. Puis son voisin (vendeur d’olives je crois) vient vers moi, nous discutons, il encourage son fils, Guillan, qui me chante Toreador.

Je m’éloigne doucement du marché et je croise deux hommes qui m’interpellent. Nous discutons un peu de tout, notamment du quartier, de leur regard, etc. Ils me parlent à cœur ouvert… de leur lassitude, avant c’était mieux, le raz le bol du bruit et des travaux…